• Eloge du gréement bois conçu par J.J. Herbulot

     

    Voici un texte d'époque, paru dans une des publications de l'association ASCOFI au moment de la sortie du prototype du Figaro 6.
    Le nouveau Figaro six:
    A l'eau, le Figaro Six Cahiers Yachting 241 C

    Deux mâts: des atouts dans la manche !

     Innover, en matière de voilure, n'est pas facile, certains pensent même que c'est impossible...
    Il restait pourtant une innovation à mettre en oeuvre: le gréement "libre", inventé par les scandinaves vers 1925 pour les canoës,
    puis lancé dans le monde grâce au Finn, au Laser, aux Freedom américins.

     Le gréement du Figaro Six, comme celui du Sinagot, reprend le principe du mât de Finn pour sa grand'voile, et l'étend au foc pour son matereau incliné sur l'arrière. Cette combinaison présente l'intérêt d'abaisser le centre de gravité et d'améliorer le travail de la voilure en maintenant constante l'ouverture de la fente.

    Les avantages du système:

    Contrairement à ce que l'on aurait pu penser,  deux mâts pèsent moins qu'un seul: chacun des mâts en bois du Figaro six représente environ 12kg, alors qu'il faudrait en compter une trentaine pour un mat classique en alliage léger portant une surface de toile comparable, avec son gréement, ses barres de flèche, ses ridoirs, et sans même ajouter l'éventuel enrouleur de foc.
    Quant au centre de gravité, il se situe au tiers inférieur, et non plus au milieu.

    Poids réduit, pas d'accessoires: c'est une garantie de simplicité pour les opérations de mâtage et démâtage.
    Deux mâts coutent cher, c'est vrai, mais pas plus qu'un gréement de sloop classique avec enrouleur de foc:
    ici c'est le mâtereau lui-même qui sert d'enrouleur.

    Le mât bois, c'est le luxe ? D'accord, c'est un luxe qui va bien avec la construction amateur-prix de revient, environ 1000F par mât-
    mais nous avons aussi étudié d'autres possibilités, avec des mats en alliage léger genre Finn, ou en polyester, sur des modèles déja éprouvés pour le gréement de cat-boats, trimarans et praos.

    La section des espars est partout modeste, puisqu'ils n'ont jamais à résister à leur pire ennemi, le flambage: ils ne travaillent pas à la compression, mais à la flexion, et c'est le mât en se cintrant qui aplatit la voilure. Marge de sécurité comprise, le diamètre à la base est d'environ 90mm, pour le grand mât comme pour le mâtereau, et d'environ 30mm dans le haut, ce qui, combiné à l'absence de haubans, réduit beaucoup le fardage.

    Mince en haut, le mât permet à la voilure de travailler au mieux là ou elle est étroite. Orientable sur 90°, l'espar, en pivotant, aligne sa surface avec l'extrados de la voile, ce qui évite toute turbulence des filets d'air dans cette zone qui apporte les trois quarts de la puissance.

    Les deux voiles réagissent en même temps sous la pression du vent: les mâts cintrent, conservant une cheminée impeccable, qui ne referme pas dans les hauts. Dans les risées, le dévers naturel évacue le surplus de vent, et dès que la brise mollit, les espars se redressent automatiquement, redonnant du creux aux voiles.

    La conjugaison de ces phénomènes permet d'obtenir le maximum de puissance au moment le plus opportun, et joue le rôle de soupape de sécurité: plus souple, moins gîtard, le bateau acquiert en fait une grande raideur à la toile.

    Mais que le vent fraîchisse encore, et la bordure libre autorise à retarder la prise de ris grâce à la possibilité d'applatir fortement la grand-voile. Pour le foc, il suffit de prendre quelques tours dans le mâtereau -cela se fait du cockpit: légèrement en fuseau, l'espar résorbe progressivement le creux pour éviter que le foc ne se transforme en un sac, et s'il n'est pas encore tout à fait assez plat, la flexion de l'espar viendra juste à point.

    Par petit temps, par contre, on peut surtoiler un peu, sachant combien la réduction de voilure est rapide et facile.
    Enfin, rentrant au port, vous verrez comme il est agréable de réduire peu à peu, et de tout rouler au mouillage, sans encombrer le bateau.

    D'ailleurs la garde robe est très réduite: pas d'inter, pas de foc n°1, n°2, pas de tourmentin...
    Si vous y tenez vraiment, vous pourrez toujours établir un spi ou une voile double pli. Mais un grand génois, vite établi, bien tangonné, est d'un rendement très surprenant, et quelle simplification, surtout en solitaire ou en croisière familiale.

    Pour les puristes et les régatiers acharnés, voici venue l'occasion de découvrir tous les secrets de ce gréement, le travail des voiles et des espars: une perspective de recherche nouvelle et pleine d'intéret, pour une voile libre, simple, fiable, sécurisante, performante, et moins onéreuse par surcroît.


    Norbert Lecomte,  A.S.C.O.F.I.
    Figaro 6 Photo maquette 09 1982B
    Figaro 6 Salon 1983 C
     
    A l'eau, le Figaro Six ! (Cahiers Yachting 241)B

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  • Commentaires

    1
    étienne
    Vendredi 30 Janvier 2015 à 20:37

    merci Arzach pour cette archive qui arrive à point nommé puisque j'ai choisi ce gréement ....


    pas de difficulté dans la fabrication des 2 espars.....et quelle économie par rapport à un marconi.


    je pense remplacer le génois enroulé par un jeu de voiles d'avant classique à ralingues à endrailler sur le mâtereau.....quelques"acrobaties"pour  avoir de belles voiles....


    les connaisseurs de ce gréement sont priés de partager leur expérience.

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